Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

jeudi, 28 septembre 2017

Amoris Laetitia: une morale thomiste dit François

Amoris Laetitia: « une morale thomiste, celle du grand Thomas » dit François 

jésuites-colombie.png

Rencontre Avec Les Jésuites De Colombie © L'Osservatore Romano

Amoris Laetitia: une morale thomiste dit François

Zenit

Pour comprendre l’exhortation apostolique post-synodale sur la famille Amoris laetitia, il faut la lire en entier, de bout en bout, a expliqué le pape François. Et la théologie du document s’appuie sur « une morale thomiste, celle du grand Thomas », a-t-il affirmé lors d’une rencontre informelle avec des jésuites de Colombie, le 10 septembre 2017.

Unknown.jpegAu cours de son voyage apostolique en Colombie (6-11 septembre), le pape François s’est rendu dans la ville de Cartagena, au sanctuaire de saint Pierre Claver, où il a rencontré en privé une délégation de la compagnie de Jésus composée de 65 religieux. Dans la Civilta Cattolica en français de septembre 2017, le p. Antonio Spadaro, directeur de la revue jésuite, retranscrit l’échange entre le pape argentin et ses confrères.

Au fil du dialogue, « par justice et aussi par charité », le pape a évoqué les « commentaires — respectables, car exprimés par des fils de Dieu, mais erronés — à propos de l’Exhortation apostolique post-synodale » sur la famille : « Pour comprendre Amoris laetitia, il faut la lire de A à Z, a-t-il insisté. En commençant par le premier chapitre, en continuant par le deuxième et ainsi de suite… et réfléchir. Et lire ce qui s’est dit dans le Synode. »

Face à ceux qui « soutiennent que derrière Amoris laetitia, il n’y a pas de morale catholique, ou, tout du moins, que ce n’est pas une morale sûre », le pape a affirmé « que la morale d’Amoris laetitia est une morale thomiste, celle du grand Thomas. Vous pouvez en parler avec un grand théologien, parmi les meilleurs aujourd’hui et parmi les plus matures, le cardinal Schönborn ».

"Un homme qui ne prie pas, une femme qui ne prie pas, ne peuvent être théologien ou théologienne".

La morale en effet n’est pas « une pure casuistique », a-t-il ajouté : « le grand Thomas possède une très grande richesse, capable de nous inspirer encore aujourd’hui. Mais à genoux, toujours à genoux… »

Dans cette même optique, la théologie et la philosophie ne doivent pas être « une réflexion de laboratoire », a souligné le pape : « nous avons vu quel préjudice a fini par causer la grande et brillante scolastique de Thomas quand elle a commencé à décliner, à décliner, à décliner…, elle est devenue une scolastique de manuel, sans vie, une simple idée, et elle s’est traduite en une proposition pastorale casuistique. »

"La théologie de Jésus était la chose la plus réelle de toutes, elle partait de la réalité et s’élevait jusqu’au Père ».

Les recherches doivent s’élaborer au contraire « dans la vie, dans le dialogue avec le réel », avec « les trois transcendantaux qui font l’unité » : la beauté, la bonté et la vérité. « On ne peut pas faire de philosophie avec une table logarithmique… Et cela est valable aussi pour la théologie, mais cela ne revient pas à ‘abâtardir’ la théologie, au contraire. La théologie de Jésus était la chose la plus réelle de toutes, elle partait de la réalité et s’élevait jusqu’au Père ».

« Pour être un bon théologien, a estimé le pape François, en plus d’étudier, il faut avoir du dévouement, être vif et saisir la réalité ; il faut réfléchir à tout cela à genoux. Un homme qui ne prie pas, une femme qui ne prie pas, ne peuvent être théologien ou théologienne. Ils seront le volume de Denzinger personnifié, ils connaîtront toutes les doctrines existantes ou possibles, mais ils ne feront pas de théologie. Ils seront un compendium, un manuel où il y a tout. 

Mais aujourd’hui, la question est de savoir comment toi tu exprimes Dieu, comment tu exprimes qui est Dieu, comment se manifestent l’Esprit, les plaies du Christ, le mystère du Christ, à partir de l’Épître aux Philippins 2, 7 et après… Comment tu expliques ces mystères et comment tu vas les expliquer, et comment tu es en train d’enseigner cette rencontre qu’est la grâce. »

© Editions Parole et Silence/Civiltà Cattolica, 2017 : http://www.paroleetsilence.com/La-Civilta-Cattolica-une-r...

Commentaires

Une morale thomiste, Amoris Laetitia? La bonne blague. Il ne suffit pas de citer une ou deux phrases de Saint Thomas hors contexte, sans les précisions qui empêcheraient une interprétation erronée, mais souhaitée, pour qu'une thèse puisse mériter d'être appelée thomiste...
Parmi les dominicains non excessivement prudents ou courtisans, il vaut la peine de signaler le P. Cole, op qui, bien avant cette dernière amusette pontificale traitait justement de ce sujet :
http://www.op.org/en/content/amoris-laetitia-really-thomistic-brief-note-thomism-and-moral-claims

Écrit par : Ph. Martin | vendredi, 29 septembre 2017

Répondre à ce commentaire

Il y a Saint Thomas, et les thomismes ..venant de Fribourg et licencié en morale de Fribourg je suis avec Saint Thomas ...

Écrit par : Don Dom | vendredi, 29 septembre 2017

Répondre à ce commentaire

ça tombe sous le sens mon cher PH...
Mais si on ne peut pas dire amoris Laetitia = St-Thomas
on peut aussi dans l'esprit dire amoris Laetitia= f(St-Thomas).

La casuistique a profondément marqué St-Ignace, St-Ignace a profondement marqué le pape, le pape a profondemment marqué AL.

Il n'y pire aveugle que celui qui ne veut pas voir ;)

Écrit par : remix | samedi, 30 septembre 2017

Répondre à ce commentaire

Bonsoir,




Il y a thomisme et ''thomisme'' nous sommes bien d'accord Monsieur l'abbé. Est thomiste celui qui élève sa raison par la philosophie réaliste éclairée et surélevée par la Révélation. Celui dont le discours est un continuel verbiage sentimental ne peut prétendre être un thomiste quelque soit ses diplômes.




Pour la construction du débat je me permets de citer cette encyclique du Pape Léon XIII sur le thomisme nommé AETERNI PATRIS




'' Car les hommes que la vérité avait délivrés, la vérité devait les garder: et les fruits des célestes doctrines, qui ont été pour l'humanité des fruits de salut, n'eussent point été durables, si le Christ Notre Seigneur n'avait constitué, pour instruire les esprits dans la foi, un magistère perpétuel. Soutenue par les promesses, imitant la charité de son divin Auteur, l'Eglise a fidèlement accompli l'ordre reçu, ne perdant jamais de vue, poursuivant de toute son énergie ce dessein: enseigner la religion, combattre sans relâche l'erreur. C'est là que tendent les labeurs et les veilles de l'Episcopat tout entier ; c'est à ce but qu'aboutissent les lois et les décrets des conciles, et c'est beaucoup plus encore l'objet de la sollicitude quotidienne des Pontifes romains, lesquels, successeurs de la primauté du bienheureux Pierre, le prince des Apôtres, ont le droit et le devoir d'enseigner leurs frères et de les confirmer dans la foi.''







''Si l'on fait attention à la malice du temps où nous vivons, si l'on embrasse, par la pensée, l'état des choses tant publiques que privées, on le découvrira sans peine : la cause des maux qui nous accablent, comme de ceux qui nous menacent, consiste en ce que des opinions erronées sur les choses divines et humaines se sont peu à peu insinuées des écoles des philosophes, d'où jadis elles sortirent, dans tous les rangs de la société, et sont arrivées à se faire accepter d'un très grand nombre d'esprits. Comme, en effet, il est naturel à l'homme de prendre pour guide de ses actes sa propre raison, il arrive que les défaillances de l'esprit entraînent facilement celles de la volonté ; et c'est ainsi que la fausseté des opinions, qui ont leur siège dans l'intelligence, influe sur les actions humaines et les vicie. Au contraire, si l'intelligence est saine et fermement appuyée sur des principes vrais et solides, elle sera, pour la société comme pour les particuliers, la source de grands avantages, d'innombrables bienfaits. ''







''Le cinquième Concile de Latran, après avoir établi que toute " assertion contraire à la vérité de la foi surnaturelle est absolument fausse, attendu que le vrai ne peut être contradictoire au vrai ," enjoint aux maîtres en philosophie de s'appliquer avec soin à la réfutation des arguments captieux ; " car, au témoignage de saint Augustin, toute raison apportée contre l'autorité des divines Ecritures ne peut, si spécieuse soit-elle, que tromper par l'apparence du vrai; car, pour vraie, elle ne peut l'être ."







RELISEZ BIEN CETTE PHRASE DE ST AUGUSTIN!!!!







''Et ici, Vénérables Frères, Nous aimons à emprunter les paroles par lesquelles Sixte V, Notre prédécesseur, homme de profonde sagesse, développe l'origine, le caractère et l'excellence de la doctrine scolastique: " Par la divine magnificence de Celui qui, seul, donne l'esprit de sagesse et qui, dans le cours des âges et selon les besoins, ne cesse d'enrichir son Eglise de nouveaux bienfaits et de la munir de défenses nouvelles, nos ancêtres, hommes de science profonde, inventèrent la théologie scolastique. Mais ce sont surtout deux glorieux docteurs, l'angélique saint Thomas et le séraphique saint Bonaventure, tous deux professeurs illustres en cette faculté... qui, par leur talent incomparable, leur zèle assidu, leurs grands travaux et leurs veilles, cultivèrent cette science, l'enrichirent et la léguèrent à l'avenir, disposée dans un ordre parfait, largement et admirablement développée. Et certes, la connaissance et l'habitude d'une science aussi salutaire, qui découle de la source très féconde des Saintes Ecritures, des Souverains Pontifes, des saints Pères et des Conciles, a pu, en tous temps, être d'un très grand secours à l'Eglise, soit pour la saine intelligence et la véritable interprétation des Ecritures, soit pour lire et expliquer les Pères plus sûrement et plus utilement, soit pour démasquer et réfuter les diverses erreurs et les hérésies ; mais, en ces derniers jours, qui nous ont amené ces temps critiques prédits par l'Apôtre et dans lesquels des hommes blasphémateurs, orgueilleux, séducteurs, progressent dans le mal, errant eux-mêmes et induisant en erreur les autres à coup sûr, pour confirmer les dogmes de la foi catholique et réfuter les hérésies, la science dont nous parlons est plus que jamais nécessaire.''







''En effet, les qualités éminentes qui rendent la théologie scolastique si formidable aux ennemis de la vérité, à savoir, ainsi que l'ajoute le même Pontife, "cette cohésion étroite et parfaite des effets et des causes, cette symétrie et cet ordre semblables à ceux d'une armée en bataille, ces définitions et distinctions lumineuses, cette solidité d'argumentation et cette subtilité de controverse, par lesquelles la lumière est séparée des ténèbres, le vrai distingué du faux, et les mensonges de l'hérésie, dépouillées du prestige et des fictions qui les enveloppent, sont découvertes et mises à nu (33) "; toutes ces brillantes et admirable qualités, disons-nous, sont dues uniquement au bon usage de la philosophie, que les docteurs scolastiques avaient pris généralement le soin et la sage coutume d'adopter, même dans les controverses théologiques. En outre, comme le caractère propre et distinctif des théologies scolastiques est d'unir entre elles, par le nœud le plus étroit, la science divine et la science humaine, la théologie, dans laquelle ils excellèrent, n'aurait certainement pu acquérir autant d'honneur et d'estime dans l'opinion des hommes, si ses docteurs n'eussent employé qu'une philosophie incomplète, tronquée ou superficielle. ''







EST-CE QUE L'ON RETROUVE DANS AMORIS LAIETITIA ''CETTE COHéSION éTROITE ET PARFAITE DES EFFETS ET DES CAUSES, CETTE SYMéTRIE ET CET ODRE SEMBLABLE à CEUX D'UNE ARMéE EN BATAILLE, CES DéFINITIONS ET DISTINCTIONS LUMINEUSES, CETTE SOLIDITé D'ARGUMENTATION ET CETTE SUBTILITé DE CONTROVERSE, PAR LESQUELLES LA LUMIRE EST SéPARéE DES TéNèBRES, LE VRAI DISTINGUé DU FAUX, ET LES MENSONGES DE L'HéRéSIE, DéPOUILLéES DU PRESTIGE ET DES FICTIONS QUI LES ENVELOPPENT, SONT DéCOUVERTES ET MISES à NU''??????????????????????????????




EST-CE QUE SE SONT CES CARACTéRISTIQUES, PROPRE AU THOMISME, QUE L'ON RETROUVE DANS CETTE EXHORTATION????




SéRIEUSEMENT????

Écrit par : New remix | samedi, 30 septembre 2017

Répondre à ce commentaire

new remix mediter la phrase suivante : ce qui se concoit s enonce clairement les mots pour le dire viennent aisement. alors merci d eviter les copier coller qui visiblement vous echappent...

Écrit par : remix | lundi, 02 octobre 2017

Répondre à ce commentaire

Je vous propose ici la traduction d’un texte paru le 16 décembre 2016 dans le New Catholic Register sur le blog d’Edward Pentin. Le père dominicain Basil Cole répondait à l’affirmation du pape François selon laquelle la morale d’Amoris laetitia était « thomiste », affirmation qu’il vient de reproduire devant les Jésuites de Colombie en qualifiant d’erronées les assertions des auteurs de la Correctio filialis. – J.S.

La réponse du P. Basil Cole sur la morale « thomiste » d’“Amoris laetitia”

En raison de sa grande sagesse et de sa grande autorité, le nom de saint Thomas d’Aquin est parfois invoqué pour soutenir les assertions de théologiens, et même pour prendre la défense d’Amoris laetitia. Si vous avez le Docteur Angélique dans votre camp, c’est que tout va plutôt bien. Cela pose des questions sur la qualité des assertions et des documents qui méritent d’être appelés « thomistes », et de quelle manière on pourrait raisonnablement justifier ce qualitatif. Les observations suivantes peuvent aider à répondre à ces questions.

Premièrement, une chose peut être qualifiée de thomiste parce qu’elle prend exemple sur la méthodologie perfectionnée par l’Aquinate. Comme de nombreux auteurs, Thomas d’Aquin utilise de nombreuses « voix » différentes selon les occasions. Il fournit des commentaires sur l’Ecriture sainte ou sur des œuvres théologiques, des enseignements sur le credo, un exposé simple de la théologie dans sa Summa contra Gentiles (SCG), et ainsi de suite. Mais sa contribution la plus exceptionnelle et la plus précieuse est constituée par la Summa Theologiae (ST). Il y pose littéralement des centaines de questions, et il y répond toujours à la lumière de la tradition catholique – spécialement l’Ecriture sainte et les Pères – à l’aide d’une philosophie solide. Parfois il dit « oui », parfois « non », mais il prend soin de distinguer toujours lorsqu’il répond « “oui” d’une façon, mais “non” d’une autre ». Il aime la clarté. Comme il le disait, c’est l’œuvre de l’homme sage que « d’arranger de juger », c’est-à-dire, de méditer sur la vérité, de l’enseigner aux autres de manière ordonnée, et de réfuter les mensonges contraires (voir ST I, q. 1, a. 6, c. et ad 2; SCG I, c.1).

Deuxièmement, une chose peut être appelée thomiste parce qu’elle suit le propre enseignement de l’Aquinate. Avec des résultats variés.

Parfois, mais très rarement, suivre saint Thomas d’Aquin peut induire une personne dans l’erreur. Ce serait certainement le cas aujourd’hui si l’on niait le dogme de l’Immaculée Conception de la Bienheureuse Vierge Marie en partant du principe que Thomas d’Aquin le niait. De manière semblable, on aurait tort de soutenir l’avortement parce que Thomas d’Aquin croyait en l’hominisation retardée de l’embryon humain (voir ST I, q. 118, a. 2, ad 2). Ces deux questions ont été abondamment clarifiées par l’Eglise depuis le temps ou écrivait Thomas d’Aquin (voir Pie IX, Ineffabilis Deus et Jean-Paul II, Evangelium Vitae n. 57). Dans ces cas, il nous faut suivre l’Eglise et non pas les interprétations proposées par Thomas d’Aquin. L’enseignement magistériel ne dépend pas intrinsèquement de saint Thomas d’Aquin, mais de l’Ecriture sainte et de la Tradition sacrée, interprétée dans la continuation des enseignements antérieurs et à la lumière de la pensée la plus sûre. Au bout du compte, suivre la tradition constitue la position la plus authentiquement thomiste, car il était fermement opposé à toute position doctrinale qui ne fût pas fidèle à la Révélation divine et aux enseignements contraignants de l’Eglise.

Il y a un autre nœud que l’on peut rencontrer en citant Thomas d’Aquin au hasard ou sans être pleinement averti de son projet théologique. Saint Thomas était par excellence un penseur complet et cohérent. Le fait de faire son marché parmi ses affirmations sans considérer leur contexte et leur relation par rapport à ses autres points de vue pertinents aurait des effets aussi désastreux que le « proof texting » (la citation de court passage de la Bible au renfort d’une croyance d’une théorie particulière) de l’Ecriture sainte. On pourrait supposer que l’Aquinate soutient une éthique situationniste, lorsqu’il écrit : « Bien que dans les principes généraux, il y ait quelque nécessité, plus on aborde les choses particulières, plus on rencontre de défaillances […]. Dans le domaine de l’action, au contraire, la vérité ou la rectitude pratique n’est pas la même pour tous dans les applications particulières, mais uniquement dans les principes généraux ; et chez ceux pour lesquels la rectitude est identique dans leurs actions propres, elle n’est pas également connue de tous […]. Plus on entre dans les détails, plus les exceptions se multiplient. » (ST I-II, q. 94, a. 4 ; cité dans n. 304). Si on isole cela par rapport aux autres assertions de Thomas d’Aquin, cela pourrait paraître vouloir dire que le Docteur de l’Eglise affirme qu’aucune loi morale n’est absolue, mais qu’il faut un discernement dans chaque situation pour savoir si oui ou non un principe moral général s’applique à une situation particulière. Cependant, il ne s’agit pas là d’un authentique thomisme. L’éthique de situation contredit la ferme affirmation selon laquelle certaines normes morales valent toujours pour tous : ce sont les préceptes du Décalogue (ST I-II, q. 100, a. 8), et des préceptes universels négatifs du même ordre, car il condamne des actes qui sont « mauvais en eux-mêmes et ne peuvent devenir bons » (ST II-II, q. 33, a.2). Il dit expressément que « l’on ne peut commettre l’adultère en vue de quelque fin bonne » (De Malo, q. 15, a.1, ad 5). Dans la même veine, Thomas d’Aquin tient que certains actes « comportent une difformité qui leur est inséparablement attachée, tels la fornication, l’adultère et d’autres actes ce type, qui ne peuvent d’aucune manière être accomplis d’une manière moralement bonne » (Quodlibet 9, q. 7, a. 2). La raison d’être de ces normes sans exception est que la nature humaine ne change pas, pas plus que l’Evangile ou le mandat de l’Eglise, chargée de le transmettre sans souillure à travers les siècles. Certaines normes positives doivent être adaptées au temps, telle la relation d’une personne vis-à-vis de l’environnement. En de tels cas, l’enseignement magistériel s’adapte à des conditions qui changent – mais toujours sans contredire la raison ni les vérités déjà articulées par l’Eglise.

Pour finir, avec une théologie morale thomiste, on peut embrasser une position authentique de Thomas et bénéficier des connaissances qu’il offre en vue d’éclairer les vérités de la foi gardées de manière pérenne par l’Eglise. Par exemple, il explique la relation entre la sainte Eucharistie et le sacrement de pénitence. Saint Thomas s’appuie sur l’enseignement de Saint-Paul et l’explicite : « C’est pourquoi quiconque mangera ce pain ou boira le calice du Seigneur indignement, sera coupable envers le corps et le sang du Seigneur. » (1 Cor 11:27). « Aux pécheurs publics, on ne doit pas, même s’ils la demandent, donner la sainte communion. (…) Cependant, le prêtre qui a connaissance d’un crime peut avertir en secret le pécheur occulte, ou avertir en public tous les fidèles d’une façon générale, de ne pas s’approcher de la table du Seigneur avant de s’être repentis et de s’être réconciliés avec l’Eglise. » (ST III, q. 80, a.6).

En outre, Thomas d’Aquin affirme que, quelles que soient les raisons que puisse avoir une personne pour avoir des relations sexuelles hors mariage, « les actions faites en vue du plaisir sont simplement volontaires », de telle sorte que l’on ne peut soutenir à bon droit que des pressions extérieures sont causes de son péché (ST II-IIn q. 142, a. »). Dès lors qu’une personne pèche régulièrement contre le mariage de cette manière et développe le vice d’intempérance, sa raison est obscurcie et elle devient esclave de ses passions (ST II-II, q. 142, a. 4). Une telle personne n’est pas capable de recevoir les sacrements avec fruit tant qu’elle ne s’est pas repentie de tout son péché ni accompli un effort délibéré afin d’éviter les occasions proches de péché : « C’est le propre de la pénitence de détester ses péchés passés, et d’avoir la ferme intention, en même temps, d’amender sa vie » (ST III, q. 90, a.4). L’enseignement de Thomas d’Aquin est clair : une personne ne devrait pas recevoir la sainte communion ni l’absolution de ses péchés si elle n’a pas l’intention d’amender sa vie et de renoncer au péché public – y compris celui d’être sexuellement actif avec une autre personne qui n’est pas son époux sacramentel – un péché de scandale par lesquels on conduit d’autres à pécher (ST II-II, q. 43, a. 1).

En somme, la charge de la preuve repose sur quiconque veut faire flotter la bannière du thomisme au sommet de son édifice moral. Mais même cela ne suffit pas pour obtenir un signe de tête approbateur de la part de Dieu. Que l’on soit thomiste par méthodologie ou par le contenu, ce qui est le plus important, c’est d’être fidèle aux enseignements du Christ tels qu’ils sont exprimés dans l’Ecriture sainte et dans la sainte Tradition transmise par l’enseignement pérenne de l’Eglise, car : « Les Apôtres et leurs successeurs sont les vicaires de Dieu pour le gouvernement de cette Eglise qui est constituée par la foi et les sacrements de la foi. Aussi, de même qu’ils ne peuvent constituer une autre Église, ils ne peuvent transmettre une autre foi, ni instituer d’autres sacrements. »

P. Basil Cole OP

Écrit par : Sonia | jeudi, 05 octobre 2017

Répondre à ce commentaire

Écrire un commentaire