Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

samedi, 08 avril 2017

Les médias ne nous persécutent pas !

Les médias ne nous persécutent pas !

Suite à l'affaire Gaschignard, Cyprien Viet, journaliste à Rome, a partagé ses réactions personnelles. Trois postes qui démontrent son amour pour l'Eglise, pour les prêtres, pour les évêques et pour les personnes blessées. Les laïcs doivent toujours nous faire part de leurs avis autorisés. Merci pour sa compétence. 

15989666-un-eveque-francais-demissionne-pour-attitudes-inappropriees.jpgIl va falloir nettoyer l'Église catholique au Kärcher... Mais cette démission est une excellente nouvelle. Les lignes bougent. Le laxisme de ces dernières décennies ne sera plus tenable.

Les responsables de l'Église catholique ne peuvent plus fermer les yeux sur ces turpitudes qui exigent des réactions fermes et immédiates.

Et nous, catholiques, arrêtons de pleurnicher en jouant la victimisation, sur le mode "bouuuh les médias nous persécutent".... Non, ça suffit. La presse joue tout à fait son rôle. Maintenant c'est aussi à l'Église de jouer le sien.

-----

17807642_10154252338025064_1090015312380381984_o.jpg

Les propos de Cyprien Viet ont fait réagir. 

Mon post de l'après-midi sur l'affaire Gaschignard a provoqué des incompréhensions et des blessures. Je suis vraiment désolé si certains amis catholiques, notamment des prêtres, ont considéré que mes paroles étaient offensantes et blessantes.

Cependant, je ne retirerai pas ce post car j'y dis ma conviction intime, ma colère personnelle, et je me sens totalement en droit de l'exprimer. Il va de soi que je ne l'ai pas écrit en tant que "journaliste de Radio Vatican", mais d'abord en tant que simple croyant catholique, jeune homme de trente ans en quête d'espérance et de vérité, déçu et impatient face aux inerties de nos institutions.

Je suis très légaliste et j'ai le sens de la hiérarchie et de l'autorité, mais j'aspire aussi à ce que l'Église fasse preuve de cohérence, ce qui me semble finalement le cas ici, quand je vois que des familles ont été écoutées, que leur voix a été prise en compte par l'archevêque de Bordeaux, par le nonce apostolique (et donc, à travers lui, par le Pape et le Saint-Siège) et par les responsables du diocèse d'Aire et Dax, notamment le vicaire général qui me semble être un bon et sage pasteur.

Cette démarche de vérité, si douloureuse soit-elle, me semble être une vraie chance pour l'Église de rétablir la confiance avec son peuple.

Pour ma part, je ressens une grande fatigue émotionnelle à affronter ces questions, et aussi des critiques venant de gens dont je connais par ailleurs l'engagement et la probité.

Chacun affronte ces problématiques avec tous les biais induits par nos histoires personnelles. Je crois sincèrement que nous nous réconcilierons et que nous trouverons le temps de partager ensemble des temps de foi, de rencontre avec le Seigneur, qui est plus grand que nos fiertés et nos certitudes, et plus grand aussi que nos faiblesses et nos manquements.

Je crois en la bonne volonté de nous tous, aussi pécheurs que nous sommes, et en la force de la prière.

Je conclu avec ce 3e chapitre de l'Ecclésiaste, qui me fait espérer que derrière ces orages qui éclatent, les nuages amoncelés finiront par se diluer et que nos communautés recommenceront à fleurir, et que l'Église catholique, en France comme ailleurs, retrouvera de vrais motifs de fierté.

"Il y a un moment pour tout et un temps pour toute activité sous le ciel: un temps pour naître et un temps pour mourir, un temps pour planter et un temps pour arracher ce qui a été planté, un temps pour tuer et un temps pour guérir, un temps pour démolir et un temps pour construire, un temps pour pleurer et un temps pour rire, un temps pour se lamenter et un temps pour danser, un temps pour lancer des pierres et un temps pour en ramasser, un temps pour embrasser et un temps pour s'éloigner des embrassades, un temps pour chercher et un temps pour perdre, un temps pour garder et un temps pour jeter, un temps pour déchirer et un temps pour coudre, un temps pour se taire et un temps pour parler, un temps pour aimer et un temps pour détester, un temps pour la guerre et un temps pour la paix.

Mais quel avantage celui qui agit retire-t-il de la peine qu'il se donne? J'ai vu quelle occupation Dieu réserve aux humains. Il fait toute chose belle au moment voulu. Il a même mis dans leur coeur la pensée de l'éternité, même si l'homme ne peut pas comprendre l'oeuvre que Dieu accomplit du début à la fin.

J'ai reconnu que leur seul bonheur consiste à se réjouir et à bien agir pendant leur vie, et que, si un homme mange, boit et prend du plaisir dans tout son travail, c'est un cadeau de Dieu.

J'ai reconnu que tout ce que Dieu fait durera toujours, sans qu'on puisse ajouter ou enlever quoi que ce soit, et que Dieu agit de cette manière afin qu'on éprouve de la crainte devant lui.

Ce qui existe a déjà existé, tout comme ce qui existera, et Dieu ramène ce qui est passé."

Cyprien Viet prie le Père Jacques Hamel  

17799100_10154259314470064_460556027865342750_n.jpgLes multiples évènements qui ont secoué l'Église catholique ces derniers mois, de l'assassinat du père Jacques jusqu'aux affaires de moeurs qui ont rompu la confiance entre la hiérarchie et une grande partie du peuple, me font beaucoup cogiter et me tourmentent.

Sans parler du drame vécu par les victimes d'abus, car c'est un sujet complexe qui mériterait une approche d'une plus grande finesse, suite aux débats de la semaine écoulée, j'aimerais partager ici quelques points de réflexion sur ce que je comprend du sens de l'Église. Libre à ceux qui veulent me critiquer et me contredire de le faire, à condition de respecter ma liberté de pensée et mon droit à l'erreur.

Il me semble que nous devrions tous mieux comprendre la notion du martyre. Le père Jacques Hamel, qui veille sur nous tous et sur notre pays, l'a bien compris. Lui ne s'est pas dérobé face à la méchanceté pourtant gratuite et absurde d'ennemis qui ne "savaient pas ce qu'ils faisaient".

Dans le traitement médiatique des affaires de moeurs concernant des hommes d'Église, il y a effectivement des choses injustes. Certaines critiques sont fondées et d'autres non. Il y a des affaires surexposées et instrumentalisées, et d'autre, au contraire, sous-exposées, qui mériteraient encore plus de révolte.

Mais en tout cas, quand j'observe sur les réseaux sociaux les discours de victimisation de nombreux amis sur le mode "les médias nous persécutent, c'est un complot" ou "c'est toujours l'Église catholique qui s'en prend plein la gueule alors que les autres institutions devraient elles aussi se remettre en question", je comprend leur réflexe de défense, mais je crois que c'est une erreur.

En effet, si, à travers ces affaires, l'Église catholique paie le contre-coup d'errements et de péchés dont l'origine relève de phénomènes plus larges, qui touchent toute la société, je pense qu'elle répond, paradoxalement, à sa vocation et à sa mission.

Le Christ est mort sur la Croix, après avoir beaucoup souffert, pour expier les péchés du monde. Il a eu peur, évidemment, mais il n'a pas cherché à défendre son honneur. Il ne s'est pas plaint. Il n'a pas dit que c'était injuste. Il a simplement pris sur lui les péchés de l'humanité.

Alors je crois que si le sacerdoce repose sur "l'imitation de Jésus-Christ", il faut y accepter toute la part crucifiante du soupçon. Je comprend bien que ces affaires font peser sur les prêtres, évêques et religieux un soupçon parfois injuste, épuisant, révoltant, mais je crois que sur cette tension repose une dimension centrale de leur sacerdoce : une forme de martyre symbolique qui peut apporter à la société un vrai témoignage chrétien...

En prenant sur eux les péchés du monde, à l'imitation du Christ, les prêtres montrent la voie du Salut. Et tous les fidèles sont appelés à participer à ce ministère.

À l'inverse, la revendication victimaire et identitaire enferme les débats dans un cycle stérile, dans un conflit perpétuel. Certes, il est vrai que l'opinion publique semble laisser plus facilement passer ce type d'affaires pour des écrivains ou des artistes que pour des prêtres. Il y a une forme de deux poids deux mesures. Mais c'est normal! La charge symbolique du sacerdoce implique une responsabilité plus lourde.

C'est trop facile de dire : c'est de la faute de Mai 68, de la télévision, etc... Non, les catholiques doivent assumer pleinement leurs péchés individuels et collectifs, y compris s'ils sont liés à des problèmes structurels plus larges que leur communauté de foi. Il n'y a d'ailleurs pas de foi chrétienne sans reconnaissance du péché: la messe commence par la prière pénitentielle, ce n'est pas pour rien.

Concernant un aspect plus psychologique, j'identifie aussi un énorme contre-témoignage dans l'attitude de certains catholiques qui disent, par exemple : "mais cette jeune fille n'avait qu'à pas provoquer ce prêtre en s'habillant trop court, elle l'a bien cherché." C'est totalement irrecevable. Ce qui fonde la vérité de la vocation d'un prêtre, ou tout simplement la dignité d'un homme, ce n'est pas la surface de peau exposée par la jeune fille en face de lui, mais son propre regard, à lui : voit-il une personne entière dans toute sa complexité, sa dignité, ou un être à séduire et à consommer? Nous avons beaucoup à apprendre dans le respect mutuel entre les sexes, et l'Église ne doit pas défaillir dans cette mission sacrée.

Enfin je crois que ces affaires révèlent une crise profonde de notre modèle clérical qui articule d'une façon parfois déséquilibrée la "guidance" spirituelle et des charges de direction institutionnelle, les deux ensemble pouvant mener à une forme de domination psychologique.

De mon point de vue, le ministère sacerdotal devrait évoluer vers un modèle d'accompagnement spirituel et d'assistance au discernement plus que sur le pilotage pratique et fonctionnel des institutions. Que certains aient des qualités de leadership, tant mieux. Mais le coeur du ministère devrait être l'accompagnement spirituel, et la conscience d'être un "serviteur inutile" qui n'a aucun autre motif de fierté que celui de suivre le Christ jusque dans les pires humiliations.

Si ce martyre est refusé, si le sauvetage des insitutions prend le dessus sur cette vocation à l'humiliation, alors le ministère sacerdotal suivra plus le modèle des prêtres du Temple de Jérusalem que celui du Fils de Dieu qu'ils ont condamné à mort. Ils feront vivre l'institution quelques années de plus... mais à la fin il n'en restera plus pierre sur pierre.

Écrire un commentaire