Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

mardi, 17 janvier 2017

Amoris Laetitia: les doutes du Cardinal Caffarra

Unknown.jpeg

Amoris Laetitia: les doutes du Cardinal Caffarra

 

“SEUL UN AVEUGLE PEUT NIER QU’IL Y A, DANS L’EGLISE, UNE GRANDE CONFUSION”.

Le Cardinal italien s'exprime longuement sur ses doutes concernant l'exhortation apostolique Amoris Laetitia. 

Lien

Je trouve regrettable qu'un Cardinal n'éclaire pas notre lanterne. L'Eglise participe à la formation des consciences. Paradoxalement, ces propos engendrent et diffusent ce climat de grande confusion.

Evidemment, Sandro Magister reprend cette intervention, traduite par le site Benoît et Moi. Manifestement, le mystère sacré de la conscience échappe à l'évêque émérite de Bologne. Cette querelle entre la conscience et l'Eglise est pourtant ancienne. Elle reste toutefois présente dans quelques milieux qui peinent à reconnaître pleinement le Concile Vatican II. 

Note: 

Unknown-1.jpegLe Cardinal Newman est sans aucun doute le grand prophète de la conscience. Comme l'affirme le Concile Vatican II (Gaudium et Spes 16), qui reprend une citation du pape Pie XII, la conscience est un sanctuaire, inviolable et sacrée.

Personne n'y entre sans l'assentiment de la personne. L'Etat, l'Eglise, tout autre pouvoir s'arrêtent devant elle. Seul le prêtre peut y entrer lors du sacrement de la réconciliation, parce que la personne y consent. La conscience est un oeil; elle ne crée pas la lumière. Toute personne a le devoir de suivre sa conscience. 

Deux célèbres citations du Cardinal Newman exprime la primauté de la conscience. Primauté ne veut pas dire opposition ou contradiction. L'Eglise et la conscience sont faites pour entrer en harmonie. 

- «On ne verra jamais un pape, dans un document officiel adressé à tous les fidèles, porter atteinte à la doctrine très grave du droit d’obéir à l’autorité divine s’exprimant par la Voix de la conscience. Car en vérité c’est sur cette Voix de la conscience que l’Eglise elle-même est fondée.

Si le pape se prononçait contre la conscience, il se suiciderait, il ferait crouler le sol sous ses pieds. Il n’a pas d’autre mission que de proclamer la loi morale, et de confirmer “celle lumière qui éclaire tout homme venant en ce monde”».

- «Si après un dîner j’étais obligé de porter un toast “ecclésiastique” – ce qui évidemment ne se fait pas –, je boirais à la santé du pape, croyez-le bien, mais à la conscience d’abord, et ensuite au pape».

(lettre au Duc de Norfolk)

 

Commentaires

J'ai simplement l'impression que Caffarra et Newman sont sur la même longueur d'onde. Caffarra ne s'oppose pas à Newman mais à une citation tronquée de Newman telle qu'elle est transmise par les défenseurs d'une mauvaise conception de la conscience. On peut reprocher à Caffarra de méconnaître Newman (est-ce un péché?) et de se méprendre sur sa doctrine (parce qu'elle est mal utilisée et parfois mal transmise et qu'il a eu le tord de ne pas aller à la source) mais pas d'avoir une doctrine erronée de la conscience (peut-on en dire autant des évêques maltais?), mystère sacré qu'il serait prétentieux de mieux comprendre.

La citation de Newman est souvent utilisée comme un slogan, dans sa version tronquée pour défendre l'idée d'une conscience personnelle subjective qui ne doit pas être contrainte par la loi divine. Ce contre quoi s'insurge Caffarra, GS 16 et Newman lui-même (lorsque sa phrase est rétablie dans son contexte comme vous le faites à juste titre).

Le texte anglais original est encore plus explicite :
"So indeed it is; did the Pope speak against Conscience in the true sense of the word, he would commit a suicidal act. "Newman parle ici de la conscience entendue "dans le vrai sens du mot", c'est à dire celui de Pie IX, de GS 16 et de Caffarra à savoir cette conscience qui est en soi en parfaite adéquation avec la loi divine et ne saurait la contredire sans être erronée, puisque par définition "elle est la loi inscrite par Dieu au cœur de l’homme" (GS16).

Écrit par : Antoine de Roquefeuil | mardi, 17 janvier 2017

Répondre à ce commentaire

Dieu ne contraint pas la conscience. En fait Veritatis Splendor est fondamental pour comprendre le rôle de la conscience : la morale de la loi n'est pas une voie à retenir. Une norme objective seule serait une sorte de dictature. C'est le danger de l'extrincécisme, à savoir qu'il n'y aurait aucun lien entre la conscience et la loi. C'est de thénomie participée dont il est question. Dieu a inscrit la loi dans nos cœurs et la conscience découvre ce mode d'emploi intérieur. Dieu a voulu laisser l'homme à son conseil. Aussi l'Eglise nous enjoint de suivre notre conscience. Nous devons aussi la former. Donc Newman a raison car ce que dit l'Eglise est conforme à l'intériorité de la conscience.

Écrit par : Don Dom | mercredi, 18 janvier 2017

Répondre à ce commentaire

Tout à fait d'accord pour dire que Newman a raison (avec Caffarra, comme expliqué précédemment) et tout à fait d'accord sur la nécessité de recourir à l'enseignement de Veritatis Splendor (sur lequel porte précisément les dubia 2, 4 et 5) à condition de bien le lire et de bien le comprendre (attention notamment à la polysémie du mot conscience). Et sur ce dernier point, je crois qu'on peut faire confiance à Caffarra dont le travail a, avec d'autres, "à la fois suscité et préparé Veritatis splendor" :


"Face à ces thèses [celles de néo-moralistes], Rome n’est pas restée
silencieuse. Veritatis splendor s’inscrit en continuité
avec les documents du Magistère touchant les
problèmes moraux actuels : l’encyclique Familiaris
consortio (1981) sur le mariage, les nombreux discours
de Jean-Paul II sur le respect de la vie et les questions
médicales et les textes de la Congrégation pour la
Doctrine de la foi sur l’euthanasie (1980),
l’homosexualité (1986) et la bioéthique (1987). Le
Catéchisme de l’Eglise catholique publié en 1992 a
intégré toutes ces données et rappelé, contre les néomoralistes, l’existence d’actes intrinsèquement
mauvais.
Dans le même temps, des théologiens ont
directement combattu les thèses nouvelles en
montrant leur fragilité et leur inconsistance. Outre le P.
Pinckaers, citons l’Anglais John Finnis, les Américains
Germain Grisez et William May, Joseph Seifert, recteur
de l’Académie de philosophie du Liechtenstein ou
Carlo Caffara, de l’Institut Jean-Paul II pour les études
sur le mariage et la famille, qui organise des congrès
et publie la revue Anthropotes. Leurs travaux ont à la
fois suscité et préparé Veritatis splendor; en retour,
l’encyclique les conforte." Denis Sureau, Veritatis splendor : Rome contre les néo-moralistes

Écrit par : Antoine de Roquefeuil | mercredi, 18 janvier 2017

Répondre à ce commentaire

Je suis content d'entendre le nom du Père Pinckaers. Un grand moraliste qui a participé au renouvellement de l'enseignement de la morale, en se basant sur Saint Thomas d'Aquin.

Écrit par : Don Dom | jeudi, 19 janvier 2017

Répondre à ce commentaire

Oui, Pinckaers est un grand maître de théologie morale (cf. le lien ci-dessous qui renvoie à sa conclusion sur la conscience erronée qui rejoint parfaitement VS 62-64).

Je me suis trompé sur Caffarra. Non seulement, il est en parfaite adéquation avec Newman mais en plus il ne le méconnaît pas comme je l'avais supposé dans mon premier commentaire (http://www.caffarra.it/coscie_95.php). En fait, il semblerait que le "Ce sont des choses d’une gravité bouleversante" ne se rapporte pas au fait que Newman ait écrit cette phrase mais au fait hypothétique qu'un pape puisse se prononcer contre la conscience (entendue dans le vrai sens du terme). Caffarra s'appuie en fait sur Newman bien compris malgré la citation tronquée.

Toutefois, malgré mon erreur de lecture, la conclusion est la même Caffarra n'est pas si sot que certains le pensent et la confusion n'est à lui imputer.

L'Evangile et la morale, Pinckaers:
https://books.google.fr/books?id=xR8FgGwbBpAC&lpg=PA260&ots=aAKcQL2DYm&dq=suivre%20sa%20conscience%20morale%20individualiste%20ou%20morale%20de%20communion%3F&hl=fr&pg=PA272#v=onepage&q&f=false

Écrit par : Antoine de Roquefeuil | jeudi, 19 janvier 2017

Je ne pense pas que le Cardinal Caffarra suive vraiment le Cardinal Newman. Je pense plutôt que nos 4 Cardinaux ont justement une conception de la conscience erronée. Voulant lutter contre une vision de la conscience créatrice, ils s'engagent dans une lutte déviante. Nous finissions parfois dans le piège et tomber dans les erreurs que nous condamnons. Pour moi, la conscience est au coeur d'AL. J'y reviendrai.

Écrit par : Don Dom | jeudi, 19 janvier 2017

Répondre à ce commentaire

Dans l'impatience, de vous lire.

Écrit par : Antoine de Roquefeuil | jeudi, 19 janvier 2017

Il faudra répondre aussi à cette question : n'y a-t-il qu'aux prêtres qu'il est refusé de suivre leur conscience ? (sous réserve que l'information soit vraie parce que je trouve ça quand même un peu gros)

http://www.katholisches.info/2017/01/19/malta-bischof-droht-priestern-mit-suspendierung-wenn-sie-ehebrechern-die-kommunion-verweigern/

Écrit par : Antoine de Roquefeuil | vendredi, 20 janvier 2017

Écrire un commentaire