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mercredi, 04 janvier 2017

Lorsque les "dubia" d'un vaticaniste deviennent des certitudes

Lorsque les "dubia" d'un vaticaniste deviennent des certitudes

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266. Jorge Mario Bergoglio Franciscus PP, Liberilibri - 266e Successeur de Pierre.

 

Par Aldo Maria Valli vaticaniste RAI. 

Ce titre d'un nouveau livre en italien sur le Pape François est aguicheur et accrocheur. Il ne manque que 400 unités pour composer le chiffre du diable, de la bête de l'Apocalypse, le funeste 666. 

"Rien n'est dans notre intelligence qui fut d'abord dans les médias".

En tout premier lieu, parlons des 5 "sens". Saint Thomas d'Aquin est réaliste. Sa petite phrase: rien n'est dans l'intelligence qui ne fut d'abord dans les sens (ouïe, odorat, goût, toucher, vue) permet de décrire notre mode de connaissance. Nous ne sommes pas des anges. Notre corps et notre esprit sont une seule et même substance. 

Pour le fonctionnement du monde médiatique actuel, cette paraphrase est adéquate:"Rien n'est dans notre intelligence qui fut d'abord dans les médias". 

Le Pape François est omniprésent dans la sphère médiatique. Cette dernière marche comme sur deux jambes: les médias traditionnels (TV, Radio et journaux) et les réseaux sociaux. Internet a engendré une révolution digitale, numérique, comparable à l'invention de l'imprimerie. Nous connaissons le Pape par ces canaux. 

Ceux qui ont la grâce d'être avec le Pape émettent des signaux et communiquent ce qu'ils voient, entendent. Ce sont pour beaucoup des spécialistes du Vatican, surnommés les vaticanistes. 

Nous sommes loin du phare romain, ils sont avec le Saint-Père. Prudence et discernement, car le pontificat de François est encore plus déformé que celui de Benoît XVI. Toute phrase doit être remise dans son contexte. Les spécialistes de la communication savent que l'ont peut faire dire "tout et son contraire" à la personne interviewée. Le sens des paroles est entre leurs mains. 

(les citations entre guillemets proviennent de cet article en italien)


Unknown.jpeg"En quelque 200 pages, Aldo Maria Valli, vaticaniste à la RAI, (266. Jorge Mario Bergoglio Franciscus PP, Liberilibri) offre une série longue et détaillée d'épisodes et de citations du 266e Successeur de Pierre, soulevant des interrogations courtoises, mais qui ne laissent aucun doute sur les préoccupations que le pape Bergoglio a soulevées".

Sa lecture du pontificat du Pape François est quelque peu biaisée. Valli cristallise des malentendus, des imprécisions, qui deviennent des vérités.

Greg Burke, le nouveau directeur de la salle de presse vaticane, a dû démentir récemment certains propos. François n'a jamais prononcé quelques phrases. Le procédé de Valli repose sur des citations tronquées, incomplètes, reçues sur un paradigme déformant. La méthode était déjà identique pour tordre les idées de Benoît XVI. 

Kasper n'est pas le théologien du Pape

Selon notre vaticaniste: "Au commencement serait le cardinal Kasper; comme tout le monde s'en souvient, au premier Angélus, François cita élogieusement le cardinal et théologien allemand, alors quelque peu aux marges de l'intelligentsia catholique. Défini comme un «théologien intelligent, un bon théologien (un teologo in gamba) et loué pour son livre sur la miséricorde, Kasper peut être considéré comme la référence «académique» de ce qui est devenu plus tard le cœur du pontificat de François: la Miséricorde". 

Unknown-2.jpeg"Pour Valli, c'est encore au cardinal Kasper qu'il faudrait revenir pour comprendre le double synode sur la famille, celui qui a trouvé une synthèse dans la controversée exhortation Amoris laetitia. C'est avec la tristement célèbre "relation Kasper", au consistoire de Février 2014 que démarra le long marathon synodal, qui a conduit, dans certains cas, à l'accès à l'Eucharistie pour les divorcés remariés cohabitant comme mari et femme (more uxorio)".

"Indépendamment des dissertations possibles sur l'interprétation (controversée) de la miséricorde divine selon Kasper, reste le passage de paradigme qui semble guider le pontificat de Bergoglio, un homme d'action, et certes ni un théologien ni un philosophe: de la logique de docteur de la loi à celle du Samaritain. Dommage, affirme Valli, que ce passage «comporte de nombreux problèmes».

"Le plus grave, en particulier à la lumière du "cas par cas " érigé en système, semblerait être celui du «triomphe du contingent sur l'absolu, du transitoire sur le stable, du possible sur le nécessaire». A coup de «discernement» et «d'accompagnement» on peut se demander si la réalité ne finit pas par se réduire à l'expérience de l'individu comme le seul juge de lui-même. Certains, à plusieurs reprises, ont parlé d'oubli des absolus moraux et de triomphe de l'éthique de situation, celle qui a déjà condamnée par saint Jean-Paul II dans l'encyclique Veritatis Splendor. Questions pressantes, dans les pages du livre de Valli, questions condensées dans les 5 fameux "dubia" présentés par quatre cardinaux sur le Chapitre VIII d'Amoris laetitia".

Il y a certes une volonté de Kasper de compenser "une sorte de complexe d'infériorité" par rapport au brillant théologien Joseph Ratzinger. Contrairement aux chantres de la rupture, le document Amoris Laetitia ne remet nullement en cause "Veritatis Splendor". Au contraire, il développe la loi de la gradualité et invite à approfondir le discernement. Certains médias ont par exemple repris en boucle une affirmation qui ne reflète pas la théologie de l'Eglise: "le Pape a posé les bases pour la communion aux personnes divorcées remariées" a même tweeté un prêtre jésuite. Cela est devenu l'opinion dominante, la vérité de l'instant, qui ne correspond pas avec le Magistère de l'Eglise. 

La phrase complète du Pape François: "si une personne homosexuelle recherche droitement le Seigneur, qui suis-je pour juger"

images-1.jpeg"Le Pape du «qui suis-je pour juger les gays», phrase culte, extrapolée à partir de l'une de ses premières interviews en altitude, est aussi le Pape des confidences répétées au roi des laïcistes italiens Eugenio Scalfari, dans lesquelles il a formulé d'autres slogans comme par exemple, le très cité «Dieu n'est pas catholique».

Faut-il rappeler que Bergoglio partage en tout point l'avis du Cardinal Ratzinger ? La morale est une conséquence de la rencontre avec le Christ. Le Logos vient avan l'éthos. Certes, il faut distinguer pour unir. Toutefois, la foi n'est pas opposée à la morale.

Faut-il encore citer Joseph Ratzinger, qui a écrit que l'Eglise est catholique ? L'attribut catholique ne concerne pas Dieu à proprement parler. Le Credo ne dit pas autre chose: "je crois en l'Eglise catholique". En ce sens Dieu n'est pas catholique. 

François et Luther

"Le Pape aurait qualifié Luther de «médicament» pour l'Église qui était malade, et a participé à la commémoration du 500e anniversaire de la Réforme, faisant miroiter des chemins possibles vers cette intercomunion déjà traitée de façon confuse devant l'église luthérienne de Rome en 2015. Lors de la visite papale en Suède pour célébrer la Réforme, il a donné pour acquis le dépassement des problèmes sur la doctrine de la justification (il y a la Déclaration conjointe de 1999, à laquelle le Cardinal Kasper travailla avec diligence qui n'a toutefois pas résolu tous les problèmes)". 

Ratzinger et la CDF fut en première ligne pour la signature historique de cet accord, dans la droite ligne du Concile Vatican II. 

Après vérification, le Pape François n'a pas dit que Luther était un médicament pour l'Eglise. C'est la primauté de la grâce qui sauve. Sainte Thérèse de l'enfant Jésus est pour ainsi dire un Luther qui a réussi. Le médicament est là. L'abandon et l'offrande de soi, la confiance en la Miséricorde sauvent. L'Eglise catholique est parvenu a un accord théologique avec les luthériens pour la juste interprétation de la justification. Tout n'est pas faux chez Luther. L'oecuménisme, vu comme un échange de dons, consiste à rechercher les points communs. 

La violence islamiste n'est pas la violence islamique

images-2.jpeg"A propos de l'islam et du terrorisme, selon Valli, le point essentiel est que François reste muet «sur le problème que l'Islam a avec la violence. La lecture uniquement sociologique et économique du terrorisme - ajoute le vaticaniste - est également pour le moins restrictive».

Sur la question de la terreur, il y a un autre slogan: celui du «fondamentalisme catholique», en substance mis sur le même plan que celui islamique. De retour du voyage en Pologne, dans l'avion, le Pape a dit aux journalistes qu'il «n'aime pas parler de la violence islamique parce que chaque jour quand je feuillette les journaux, je vois la violence ici en Italie: celui qui tue sa petite amie, une autre qui tue sa belle-mère... Et ce sont des catholiques baptisés violents! Ce sont des catholiques violents ... Si je devais parler de la violence islamique, je devrais aussi mentionner la violence catholique». 

Le Cardinal secrétaire d'Etat Parolin insiste pour ne pas entrer dans le piège d'une guerre des religions. Cette phrase du Pape François est comme celle de Benoît XVI sur le préservatif dans l'avion qui volait vers l'Afrique. L'AFP avait trahi la voix de Ratzinger. Il faut la remettre dans son contexte et contrôler sa source. Le Pape a usé du vocable islamique, qui n'est pas la violence islamiste. Il y a des musulmans qui sont non-violents et leur islam n'est pas violent, n'est pas islamiste. 

François avait répondu: «Je n'aime pas parler de violence islamique, parce qu'en feuilletant les journaux je vois tous les jours que des violences, même en Italie: celui-là qui tue sa fiancée, tel autre qui tue sa belle-mère, et un autre… et ce sont des catholiques baptisés! Ce sont des catholiques violents. Si je parle de violence islamique, je dois parler de violence catholique. Non, les musulmans ne sont pas tous violents, les catholiques ne sont pas tous violents. C'est comme dans la macédoine, il y a de tout… Il y a des violents de cette religion…»

Même méthode pour les "valeurs non-négociables", chères à Benoît XVI (l'avortement, l'euthanasie, l'homosexualité, la procréation artificielle).  François n'a jamais compris ce terme car pour lui les valeurs sont soit des valeurs soit elles ne le sont pas. Mais ceci ne consiste pas à nier des valeurs vitales, la promotion de la vie. L'avortement, l'euthanasie sont en contradiction totale avec la vie. La polémique n'a pas de sens. Bergoglio a son propre mode d'expression.. Les querelles de mots ne doivent jamais nous détacher de la réalité désignée.

L'écologie humaine intégrale 

"Les aspects socio-économiques sont un autre parmi les thèmes récurrents des analyses proposées par François: ils entrent en jeu dans la question du soin de l'environnement, exprimé dans l'encyclique Laudato Si', et surtout dans les rapports de ces mouvements populaires qui sont souvent de matrice clairement marxiste. À plusieurs reprises, il a attaqué de façon générique «le système » et «l'idole argent», indiqués aussi comme cause de la difficulté de se marier".

Le Saint-Père est le théologien de la vie

Le Pape n'est nullement marxiste. Il déploie la richesse de la doctrine sociale de l'Eglise, qui n'est ni de gauche, ni de droite, mais une source morale ou éthique pour les politiques de notre temps. L'écologie enrichie notablement ce défi, sans oublier la place centrale que l'homme a dans la création. Plutôt parler d'écologie humaine ou intégrale.

Assurément, la prochaine encyclique papale sera consacrée à l'argent, car l'économie dominante actuelle tue. 

images.jpegLe jésuite Bergoglio fut malheureusement mis à l'écart de la compagnie de Jésus pour n'avoir pas suivi la théologie de la libération. Bergoglio n'est pas l'homme d'un système, ne se prend jamais les pieds dans le tapis glissant des idéologies. Les toutes premières sources de ses homélies, de ses discours sont forts simples, percutantes: les exercices de Saint Ignace de Loyola et les Saintes Ecritures. La vie concrète et quotidienne est pour lui une puissante inspiration pour s'exprimer directement avec des petites phrases, des anecdotes ou des petites histoires. La communication souligne ce mot,"le story telling". Jésus ne parlait-il pas en paraboles ?

De même que Joseph Ratzinger fut chahuté par les médias mainstream (TV, Radio, journaux), le décodage des phrases du Pape est rendu encore plus délicat aujourd'hui. Les réseaux sociaux, infiltrés par la nébuleuse et la cyber-attaque de quelques-uns, parasitent l'enseignement de François. Ses opposants, souvent partisan du politique d'abord, sont très actifs, agissant parfois de concert, forts bruyants et très agités, pourtant minoritaires. Avec la révolution numérique, il n'est pas facile de suivre. Déchiffrer la partition n'a rien d'évident. 

Ce buzz, ce bruit numérique ne correspond pas toujours avec le gazouillis des oiseaux du ciel. Dans la vie comme dans la Bible, Saint François d'Assise se réjouissait: les biches, les cerfs, les taureaux, bref les animaux tiennent compagnie aux hommes.  Pour entendre le chant de toute l'Eglise, il faut désormais apprendre où mettre la souris  Les brebis reconnaitront alors entre mille le sifflement du Bon Pasteur. Les millions de followers pourront discerner les notes justes dans le gazouillement du pape de Twitter. La mélodie du bonheur ...

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