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jeudi, 18 mars 2010

Benoît XVI: Peter Seewald aux journalistes "Réflechissez"!

sources: Teresa et Benoît et moi

PETER SEEWALD: UN APPEL AUX MEDIAS

L'homme qui a écrit deux livres avec le Cardinal Ratzinger, un Vittorio Messori, non pas pour Jean Paul II, mais pour Benoît XVI, s'est exprimé le 15 mars sur le portail catholique allemand kath.net

Traduction d'un article sur le site allemand kath.net, à partir de la traduction en anglais de Teresa ( ses commentaires entre [] ) (18/3/2010)

Il a plutôt choisi pour son article l'angle de la polémique raisonnable avec ses confrères journalistes allemands, qu'il interpelle directement.
Il fait l'historique de la campagne, dans son pays, et nous permet de mesurer la violence des attaques de la presse allemande, même si le ton qu'il a choisi reste assez soft.



Un appel aux médias, à l'objectivité, la modération, et au sens de la mesure 
par Peter Seewald


15 mars (kath.net) - Beaucoup sont abasourdis. Abasourdis de honte pour les centaines de victimes. Abasourdis de chagrin, que les offenses qu'ils ont subies n'aient pas été apaisés. Abasourdis, aussi, à cause des criminels, tout en priant pour eux. C'est aussi le Carême, temps de pénitence - pas le temps des cris. 

Toutefois, les torts que les prêtres délinquants ont infligés, non seulement à leurs victimes, mais à l'Eglise et à toute la société sont immenses. Mais encore une fois, cela fait partie de l'identité chrétienne, que les pécheurs ne doivent pas être simplement jetés dehors. 

Les cas effroyables des violences sexuelles constituent le pire des scénarios possibles, de dimensions géantes. Comparable à ce que la dévastation causée par un krach boursier peut signifier pour l'économie mondiale. 

Quiconque considère l'Eglise comme le Corps mystique du Christ doit être horrifié de voir à quel point ce Corps-même a été martyrisé. À quelle distance des origines et du message de l'Evangile une partie de l'Eglise - prêtres et évêques - s'est égarée, là où les délits sexuels ne sont qu'une partie de la grande trahison du message de Jésus. 

L'Eglise elle-même - ceux qui la représentent - a souvent commis des offenses dont les médias ont très justement rendu compte. Nous avons besoin des médias. Le travail des journalistes est indispensable. Mais ceux qui pensent que la façon dont les médias ont rendu compte des abus dans l'Église ne fait pas également partie d'une campagne contre l'Église, jouent en aveugles. 

Samedi (6 Mars) en Allemagne: le Sueddeutche Zeitung (SZ) avait un nouveau sujet de gros titre: «Le diocèse de Ratzinger nomme un prêtre pédophile" . La formulation brute du titre montre à quelles contorsions ils ont dû se livrer pour atteindre leur but. (ndt: littéralement: la difficulté d'atteindre le coeur avec la main gauche en passant derrière le genou!

Ce n'est que dans les petits caractères que le lecteur apprend que l'ancien archevêque de Munich [le Cardinal Ratzinger] avait simplement accepté en 1980 de permettre à un prêtre du diocèse d'Essen de venir à Munich afin de suivre une thérapie [Teresa précise qu'il n'est pas clair dans la déclaration ultérieure de l'archidiocèse si le cardinal savait lorsqu'il a accepté le prêtre pourquoi celui-ci avait besoin d'un traitement]. 

Spiegel-Online se hâte de conclure: « Abus sexuels découverts dans l'archidiocèse de Ratzinger" - illustrant l'information avec une image sinistre du Pape, enveloppé dans un manteau [l'humérus] «caché» derrière un ostensoir. [De toute évidence, une photo du Pape élevant le Saint-Sacrement]. 

En fait, ce cas avait été signalé dans les médias en 1986, lorsque le prêtre en question avait une reçu une condamnation avec sursis, accompagnée de probation. 
Dans la soirée, les programmes d'informations télévisées en rajoutaient une couche. Pour le programme Heute-Journal [Le Journal d'aujourd'hui], "le scandale des abus sexuels avaient désormais atteint le Vatican". Sans aucune référence au fait que lorsque le prêtre avait été reconnu coupable, Ratzinger était à Rome depuis quatre ans. 

A la place, le plan suivant proposait l'inévitable représentant d'un groupe sectaire d'opposition à l'Eglise du genre "Nous sommes Eglise" (ndt: Wir sind Kirche).
Les caméras et les micros avaient été en veille toute l'après-midi devant sa maison. Et il joua son rôle devant la presse, expliquant à la «base» que son groupe avait aussi peu à voir avec l'Eglise elle-même, que Heiner Geissler avec la Congrégation pour la Doctrine de la Foi. [une allusion difficile à comprendre pour un non-allemand: Heiner Geißler, un homme politique allemand, né en 1930. Il est membre du CDU, ex-ministre fédéral de la jeunesse, la famille et la santé en 1982-1985.] 

Il y a plus. Depuis des semaines, le Pape avait exprimé à plusieurs reprises sa position sur les méfaits sexuels commis par des prêtres, mais dans l'affaire impliquant son ancien archevêché, il a laissé l'archidiocèse faire les déclarations [comme il est juste, parce qu'ils sont en mesure de vérifier tous les dossiers, et l'archevêque actuel a la compétence et la responsabilité de de toutes les révélations faites en ce moment]. 

Mais lors de la prière de l'Angelus du lendemain, le pape n'a fait aucune référence à l'affaire de Munich - ce qui était suffisant à Spiegel-online pour utiliser le titre: "Le pape muet sur les dernières accusations d'attouchements sexuels". Ce jugement a été aussitôt repris par d'autres médias: "Le pape muet sur les cas d'abus" s'est propagé dans tous les portails des médias, ou une variante comme "Le pape s'enferme dans une chape de silence". [En outre, une claire allusion au «silence de la polémique Pie XII». comme une manière de dire indirectement que le silence de Benoît XVI dans ce cas est une forme de lâcheté morale!] 

D'autres qui ont repris la nouvelle plus tard, ont suivi avec "Davantage de silence du pape". Et lundi, SZ proclamait en lettres géantes sur la page 1, "Benoît XVI est silencieux", et la phrase-choc était "Le Pape Benoît XVI a gardé le silence sur le scandale des abus sexuelsdans l'Église catholique». 

On pourrait certainement arguer que la gestion de la crise au Vatican et dans les diocèses d'Allemagne aurait pu être bien meilleure. Peut-être l'Eglise devrait-elle défendre ses arguments plus souvent et beaucoup plus fort dans un monde bruyant qui est devenu dur d'oreille. 

Mais rapporter que le pape a "gardé le silence", malgré toutes ses déclarations dans les semaines précédant est juste entièrement faux. Et ce qui reste est l'image d'une Eglise qui est un «trou noir», ce que la SZ considère comme "la honte catholique ". 

C'est exactement comme le dénigrement du Pape par les médias l'année dernière lors de l'affaire Williamson. Cela avait marché. En fin de compte, peu importe toutes les mises au point que le Pontife avait faites, la plupart des lecteurs de journaux se sont retrouvés avec l'impression qu'il était lui-même un anti-sémite clandestin et un négationniste. 

Savoir faire la part des choses, être précis, sont des vertus particulièrement méritantes dans des moments comme ceux-ci. Mais trop de gens, dans les médias, pensent qu'ils n'ont plus besoin de les exercer. Le caractère de "campagne" dans les reportages de ces derniersjours est basé sur les mécanismes et les dynamiques du monde des médias lui-même. 

Ttous les sujets ne se prêtent à être des points de ralliement, mais toutes les salles de rédaction, quand quelque chose d'explosif est en jeu, chercheront à exagérer de tels sujets. Ce pourrait être la grippe porcine, qui a semé la panique dans le pays tout entier, ou l'affaire du massacre de Kunduz[polémique sur une attaque aérienne ordonnée par les allemands en Afghanistan, qui aurait tué de nombreux civils]. 

Mais quand vous avez le cocktail sexe-et-Église, c'est comme gagner le jackpot, pour certains directeurs de journaux. A alimenter, à marteler, à susciter. Nul ne peut arriver en retard lorsque résonne le cor de chasse. Et une fois commencé le battage médiatique, alors l'enfer se déchaîne. "Que savait le Pape " demande le Frankfuerter Rundschau. "Le pape devrait prendre position sur Odenwald", déclare le Aufklaerer, oubliant dans sa frénésie qu'Odenwald (ndt: l'école où a enseigné Cohn Bendit, et où des affaires de pédophilie sont avérées ) n'est pas du tout une école catholique mais une vitrine de la «réforme pédagogique» des écoles publiques! 

Mais malheur à celui qui voulait timidement lever la main et demander si tout ce qui était rapporté , était avéré, car le puissant rouleau compresseur de la justice journalistique s'abattait sur lui. L'opposant serait laminé - coupable du crime de lèse-Media! 

Parce que, tout comme ces messieurs-dames des médias sont toujours prêts à envoyer des coups de poing, ils virent au violet dès qu'ils sont eux-mêmes critiqués. 

Mais cette fois, quelle belle occasion pour eux de crier, les yeux remplis de larmes de crocodile: Couverture (d'actes délictueux)! Déviances! Mentalité de bunker! 

De nombreux journalistes font un bon travail. Mais il est impardonnable, que les services religieux de journaux embauchent des journalistes qui ne connaissent pas la différence entre "Ministrant" (enfant de chœur) et "Minister" (le prêtre lui-même), et qui considèrent le pape comme une sorte de dictateur comme Idi Amin. Beaucoup croient que c'est un ennemi contre lequel ils doivent se battre parce qu'il est encore plus dangereux qu'Oussama ben Laden. 

Alors, quand le journalisme va de la divulgation de l'information à l'assassinat de personnalité, il est temps de prendre position contre lui. 

Chers collègues: Arrêtez, et réfléchissez! Halte à l'instrumentalisation. Halte à l'analyse à bon marché et à la psychologie de cuisine, qui ne servent à rien pour résoudre le problème. 

Arrêtez d'être si suffisants. Arrêtez d'imprimer des informations qui présentent des conclusions fausses. Soyez objectifs, sobres, avec le sens de la mesure. Revenez à la vraie nature du journalisme qui était autrefois une profession honorable. 

Les abus sexuels commis par des délinquants monstrueux crient vers le ciel. Mais ce ne pas des affaires pour des avocats en quête d'image, mais pour les procureurs de l'Etat, qui peuvent enquêter objectivement et sérieusement pour évaluer une plainte, la clarifier courageusement, et instruire le dossier de manière stricte.

En tant que chrétiens et catholiques, nous devrions avoir honte de tels abus. Nous devons aussi être en colère contre des décisions erronées et des histoires fausses. Mais cela ne doit pas nous empêcher de regarder les choses avec précision, de faire la part des choses, d'utiliser notre raison et de ne pas accepter n'importe quelle manipulation de la part des faiseurs d'opinion. 

La vérité doit rester la vérité. C'est une responsabilité envers l'ensemble. Et personne ne devrait se réjouir que la honte rejaillisse sur une institution dont la société, fondamentalement, ne peut pas se passer. 

Chaque année, selon l'UNICEF, plus de 220 millions d'enfants dans le monde sont contraints à des rapports sexuels. Cela ne se fait pas dans le «trou noir» de l'Église! 

Le réseau de pédophilie en Belgique, qui a causé scandale pendant des années, n'était pas composé de prêtres et de religieux, mais de politiciens et d'hommes d'affaires. 

Tous les jours, des centaines de milliers d'images pornographiques d'enfants sont téléchargés à partir d'Internet par des Allemands. 

Ces délinquants ne mènent pas une vie de célibataire. Et la pornographisationde toute la société affecte nécessairement les écoliers comme les adultes âgés, non pas comme une conséquence de la morale sexuelle de l'Eglise [30% seulement des Allemands se considèrent comme catholiques, et beaucoup parmi eux s'opposent à la morale de Eglise !] mais à cause de la grande disponibilité du matériel pornographique. 

La société ne devrait-elle pas considérer le genre de culture que nous développons, ce qu'elle fait à nos enfants, ce qui les rend de plus en plus tordus, incapables d'avoir des relations authentiques? 

L'effondrement de la confiance dans l'Eglise, précipité par des prêtres et des religieux malades et pécheurs, ne peut être ignoré dans l'ordre du jour. C'est un moment de passion, et ce qui n'est pas construit sur le roc va s'effondrer. 

Mais chaque catharsis est aussi une chance. Le Pape lui-même, au début de son pontificat, a parlé d'un nettoyage qui est indispensable pour l'Eglise. Le ménage doit être fait du haut en bas. Aucune pièce ne doit être laissé de côté, et ce doit être aussi simple que l'élimination du pain au levain avant la Pâque.

Commentaires

C'est bien le moins qu'il pouvait faire. Les coupables doivent être poursuivi dans les juges et les tribunaux civils et pas religieux !

Écrit par : latex | samedi, 20 mars 2010

Oui bien sûr. Mais aussi la justice ecclésiastique car la préscription est de 10 ans dès les 18 ans de la victimes, donc 28 ans. Cela est parfois plus large que la simple justice civile. Donc la victime garde la liberté de procèder soit par les tribunaux civils, soit les tribunaux de l'Eglise, soit bien-sûr les deux.

Écrit par : Dominique | samedi, 20 mars 2010

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